[INTERVIEW] 20.09.2015 | CL pour Dazed Magazine (US / Edition Automne/Hiver 2015)

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De tous les endroits où vous vous attendriez à rencontrer la superstar pop asiatique, celui-là n’en fait pas parti. Nous nous trouvons dans un hôtel, inspiré des années 60, juste à côté d’une autoroute à Queens, New York City, qui se veut « exotique » – et qui l’est, si par exotique on entend la présence d’une fontaine en forme de sirène à l’accueil, ou de chambres à thèmes nommées « Nuits Arabes », « Cupide » et « Safari ». A l’extérieur, nous sommes en pleine journée étouffante d’Août, mais à l’intérieur l’idole de Séoul se ballade entre deux chambres qui s’appelle « Fantasia » (thème floral) et « New York Skyline » (décoration moderne & néon). La rappeuse, chanteuse, auteure, icone de mode et leader du girlsband coréen 2NE1, est clairement une femme qui aime surfer sur les contradictions.

Son ambition ? Faire partie de l’histoire de la musique en devenant la première artiste asiatique à lancer une carrière durable en Amérique. En tant que membre d’un groupe qui s’est toujours distingué grâce à son style bien plus subversif que les autres groupes du milieu, CL est la membre la plus indépendante de toutes. Elle s’est surnommée « The Baddest Female » lors de son premier single solo en 2013, et l’année dernière elle rappait sur des boîtes de striptease et des coups de foudre lesbiens dans le single « Dirty Vibe » de Skrillex. Elle a de même eu une partie dans le titre trap « Doctor Pepper » avec Diplo, Riff Raff et OG Maco – et elle écrit maintenant un nouveau chapitre avec son premier album en anglais, très varié en styles, « Lifted ». Tout ces éléments prouvent que CL n’est pas une K-pop star comme les autres.

Pour son ami, le couturier américain Jeremy Scott, la musique de CL dépasse les frontières. « Il y a la K-pop, et il y a CL », dit-il, « Elle ne fait pas de la musique K-pop traditionnelle, mais étant donné qu’elle est coréenne, c’est comme ça qu’on appelle sa musique. J’ai été le premier témoin quand je suis allé au Brésil, au Chili, en Argentique, où ses fans se rendaient à mes shows pour Moschino en string! ». Cette aise qu’elle a avec l’audience globale – et le fait qu’elle parle couramment anglais – sont le résultats de sa jeunesse où elle a vécu de partout dans le monde, allant dans des écoles internationnales en France, au Japon, en Corée, « Si elle n’avait pas eu ce vécu, nous ne serions probablement pas en train de discuter à l’heure actuelle », affirme Jeff Benjamin, rédacteur K-pop pour Billboard, qui soutient CL et 2NE1 depuis des années. Il complimente aussi sa façon d’amener sa musique en Amérique. « Ce qui est intelligent sur sa façon de faire, c’est qu’elle se fraye un chemin petit à petit », « Personne n’a jamais réussi à se faire une place dans la musique en s’imposant sans préavis ».

Celui qui guide CL vers son entrée dans la pop américaine n’est autre que SB projects, la team gérée par Scooter Braun, qui a lancé les carrières d’artistes comme Justin Bieber, Ariana Grande et Carly Rae Jepsen. « Ce que CL veut faire n’a jamais été vu auparavant, c’est excitant. » dit Dan Suh, qui travaille pour Braun. Et même si c’est une nouvelle artiste, Dan Suh pointe du doigt le fait qu’elle a déjà 10 ans de carrière asiatique derrière elle, qui lui est d’une grande aide. « Le meilleur moyen que j’ai de la décrire c’est qu’elle a tous les outils nécessaires. C’est une artiste complètement et entièrement développée. »

Il y a de grosses différences de cultures entre la Corée du Sud conservatrice et l’Amérique où les artistes sont en général très directs. Devenir célèbre dans ce nouveau marché tout en plaisant au marché asiatique risque d’être difficile, mais son album Lifted semble répondre à cette demande. Son premier single « Hello Bitches », est fidèle à son rôle de rappeuse dans 2NE1, mélange hip hop et pop, ne manque pas d’attitude, et contient même des couplets en coréen. Le titre « Fallin » et une surprenante piste electro-soul, collaborant avec Blood Diamonds et Dj Dahi. Et la title track « Lifted », où CL chante comme rarement auparavant, est un chanson pop, inspirée directement du titre « Method Man » de Wu-tang. Ce titre est irrésistible et intelligent.

Q : Quand j’ai réalisé que le magazine allait faire un photoshoot dans ce model à Queens, je me suis dit « Oh … c’est bizarre »

CL : Je ne le savais pas non plus ! Le photographe m’a dit « L’endroit du shooting est un peu crasseux », on s’est préparé dans un très bel hotel, puis on est arrivé là. (rires) Ce motel dégage vraiment une énergie intéressante…

Q : En tant que star en Corée du Sud, tu as toujours eu un style et une attitude propres à toi. Comment comptes-tu les incorporer aux Etats-Unis ?
CL : Il n’y a jamais eu de chanteuse asiatique connue sur le long terme en Amérique. Il y a eu PSY (de Gangnam Style), mais c’est différent de ce que je compte faire. Je suis dans une différente catégorie. Mais je ne sais toujours pas comment les gens vont accueillir ma musique, et s’ils vont simplement me catégoriser en tant que « la chanteuse asiatique » ou pas. J’ai vraiment envie d’être une sorte d’alien qui sort du lot (rires). Vraiment ! J’ai envie que les gens se disent « Qu’est-ce qu’elle fait ? Elle est vraiment différente. »

Q : C’est vraiment un grand challenge. Pourquoi penses-tu que l’on a jamais vu d’artiste asiatique percer en Amérique auparavant ?
CL : Je pense que le timing joue beaucoup. Aujourd’hui, Internet joue un rôle tellement important pour ce genre de choses. Mes fans utilisent internet – c’est comme ça que tout le monde me connaît. Il y a cinq à dix ans, c’était un processus beaucoup plus lent. De toute évidence Internet et YouTube ont ouvert des portes pour moi. Il y a quelque chose que personne ne sait : J’ai toujours dit à Teddy, mon producteur, et YG (son label), « Je veux vraiment avoir un album solo en anglais ! ». C’était bien avant que je rencontre Scooter Braun. J’ai grandi en écoutant de la pop américaine, donc c’était plus réel pour moi, plus authentique. Ils me répondaient toujours « Arrêtes de raconter des conneries. On ne peut pas faire ça ». Mais j’ai toujours eu ce rêve, et un beau jour Scooter m’a appelé et m’a dit « On devrait essayer. »

Q : Depuis des mois maintenant, les gens se demandent à quoi va ressembler ton album en anglais. Parce qu’avec 2NE1, tu as fait de la pop, du hip hop, du RnB, de l’electro et même du reggae.
CL : Personnellement, je n’aime pas me définir [avec un style]. Je ne veux pas être mise ans une catégorie, de quelque façon que ce soit. La CL des 2NE1 faisait principalement du rap. Mais comme vous dites, il y a des chansons où on chantait toutes, et j’aime chanter ! Je ne veux pas m’identifier en tant que rappeuse. C’est juste une question de musique. Je veux faire de la bonne musique. Je voulais faire cet EP comme une sorte de d’échantillon. J’arrêtais pas de penser « Mes fans devraient savoir ce que je vais faire. » Je ne veux pas qu’ils soient confus étant donné que ce ne sera pas un album coréen.

Q : Tu as fait une performance avec P Diddy à l’Ultra Music Festival de Miami cette année. Comment t’es-tu préparé pour ce moment incroyable ?
CL : Il était tellement gentil. Tout dépendait de son accord, étant donné que j’allais rapper sur sa chanson « It’s All About the Benjamins », et j’étais une sorte de première partie. Mais il a été vraiment sympa, et on a répété la performance via FaceTime. Il me disait « Ouais ! Faisons ça ! »

Q : « Fallin », ta collaboration avec Blood Diamons et DJ Dahi, va surprendre beaucoup de monde. Dis-moi comment vous l’avez créée.
CL : J’étais dans le studio avec Blood Diamonds à LA, et Bibi Bourelly (l’auteur de Bitch Better Have My Money de Rihanna) est arrivé. Elle buvait une bouteille de Honey Jack. On était dans l’ambiance ! Juste avant que l’on fasse « Fallin », on avait fait une autre chanson pourrie pour le fun. Quand elle s’est mise à écrire pour moi, je lui ai dis « Fais comme tu le sens. » J’ai besoin d’écrire avec quelqu’un, étant donné que mon anglais n’est pas encore parfait, et j’aime bien rebondir sur plusieurs idées. Donc je lui disais « Sois libre, fais ce qui te plait ! » Je suis quasiment sûre qu’elle était saoule. Elle a bu la bouteille de Honey Jack à elle toute seule.

Q : Et à propos de « Hello Bitches », comment vous l’avez écrite ?
CL : Il y a un remix de cette chanson qui s’appelle « Asian Bitches », et M.I.A en fait partie. C’était il y a 2 ou 3 ans. On l’a commencé, mais je me suis dit, « Asian Bitches, c’est trop catégorique. » C’est dur de se sentir concerné par cette chanson. Même les garçons asiatiques ne peuvent pas chanter sur ça. Donc j’ai proposé que l’on fasse quelque chose de différent. Tout le monde me disait « Mais non, c’est bon c’est bon », mais j’aimais pas cette idée. Et un jour, j’ai dit en coréen « Annyeong (salut), bitches ! » et je me suis dit « Oh je devrais changer le titre avec ça. » Et Teddy m’a dit « Pourquoi ne pas tout simplement dire « Hello Bitches » ? Et à cet instant je me suis dit « Ok, c’est bon, maintenant j’aime la chanson. Je peux enfin travailler dessus. »

Q : Ton mode de vie doit être vraiment différent aux Etats-Unis. Ca doit être bien de se dire que tu peux marcher dehors de l’hôtel et, à moins qu’il n’y ait quelques fans de K-pop, ne pas être reconnue.
CL : J’aime vraiment ça, c’est une forme de liberté pour moi. J’aime savoir que je peux aller à l’aéroport et que personne n’y est. Je devais toujours être préparée peu importe où j’allais avant. Mais maintenant je peux m’y rendre comme je veux, je me sens libre. Ca fait plusieurs mois que j’en profite maintenant.

Q : As-tu une maison à LA maintenant ?
CL : Oui, en effet. J’ai un appartement à LA et une maison en Corée du Sud.

Q : Comment ça s’est passée quand tu es arrivée ici pour travailler ? Est-ce que tu avais des amis à LA ?
CL : Eh bien, il y a Jeremy Scott. Je le connais depuis 10 ans, et c’est mon meilleur ami. Mais il n’était pas là souvent, parce qu’il faisait des allers-retours à Milan pour Moschino. Mais quand il était à LA, c’était mon seul ami pour être honnête.

Q : Tu as grandi dans différents endroits du monde. Est-ce que tu penses que ça a affecté ta vision des choses ?
CL : Oui ! Mon père n’aimait pas stagner au même endroit. Donc on déménageait tous les ans, dans une nouvelle maison, une nouvelle ville, un nouveau pays. Je suis allée dans des écoles internationales toute ma vie. Je ne sais pas où je vais, j’ai l’impression de vivre dans un avion même maintenant.

Q : Est-ce qu’il y a un ou une artiste pop que tu admirais et idolâtrais en grandissant ?
CL : Pas vraiment. C’est d’ailleurs très dur pour moi puisque ça veut dire que je ne peux copier personne. J’ai grandi en écoutant beaucoup de Queen et de Lauryn Hill, grâce à mon père. Ce sont des chansons qui portent de beaux messages. C’est rare ces derniers temps. Je ne dis pas que c’est obligatoire, mais quand je travaille sur des chansons, j’aime qu’il y ait une sorte de message.

Q : Tu te décris souvent comme un garçon manqué – d’où penses-tu que ça vient ? As-tu grandi avec beaucoup de frères ?
CL : Non, dans ma famille il y a beaucoup de filles. Normalement, les gens pensent que les femmes asiatiques sont timides, mais je pense que je suis forte. Pendant 10 ans, YG, mon équipe en Corée, BIGBANG, les producteurs avec qui je travaille, mes stylistes – on est tous amis, et ce sont tous des gars – Je suis la seule des 2NE1 qui traîne dans le studio avec eux. C’est pour ça que je me considère comme un garçon manqué.

Q : Qu’en est-il de 2NE1 pour l’instant ? Est-ce que ton travailles en solo va affecter la continuité du groupe ?
CL : Eh bien, 2NE1 a fini sa tournée mondiale il y a 6 mois. On était tout le temps supposée prendre des pauses, et on prend toujours de très longues pauses. On n’aime pas faire les choses trop rapidement. On veut toujours faire les choses au bon moment, et quand on a de bonnes chansons. Les filles avaient des choses qu’elles voulaient faire, et elles travaillent sur ça.

Q : Donc même si ta carrière solo a beaucoup de succès, tu feras quand même d’autres chansons avec 2NE1 ?
CL : Oui, c’est ce que je compte faire.

Q : Tu vas lancer ta carrière pop dans une partie du monde où les gens attendent des pop stars qu’ils soient ouverts et extravagants. Comment comptes-tu gérer ça, sans offenser tes fans coréens ?
CL : C’est une conversation que j’ai récemment eue avec Scooter Braun. Il m’a demandé « Qu’est-ce que la jeune CL de 10 ans voulait faire avant ? » Et je poursuis actuellement ce rêve. Je pense qu’il est important de ne pas perdre ça de vue. Parce que, oui, j’ai du succès en Asie, mais si tu y penses trop, tu deviens ennuyeux. Parce que tu ne veux pas prendre de rises. C’est trop facile d’être jolie et parfaite. Une fois que tu as l’argent, la popularité, le succès et le pouvoir, c’est très facile de maintenir cette image, parce que tout ce que tu fais c’est de ne prendre aucun risque. Pour être honnête, je m’en fiche. Je fais ça pour moi-même.

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  • Source: TheBaddestGZB@Twitter
  • Traduction: 2NE1 FRANCE | Daniel

Publié par 2NE1 FRANCE

Votre première fanbase francophone sur les 2NE1 !!!

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